Dissertation Sur La Mode Et Les Jeunes Et Linternet

Ce chapitre ne retrace pas une analyse complète de la société, ni du monde des jeunes, mais il présente quelques résultats des recherches effectuées dans le domaine social. Elles sont utiles pour aborder le thème du discernement des vocations, afin « d’en faire voir la profondeur et de donner une base concrète au parcours éthique et spirituel qui suit » (Laudato sì, n. 15) (1).

Le cadre, tracé au niveau planétaire, demandera d’être adapté aux circonstances spécifiques concrètes de chaque région : bien qu’en présence de tendances globales, les différences entre les régions de la planète demeurent importantes. Par bien des aspects, il est correct d’affirmer qu’il existe une pluralité de mondes des jeunes, et non pas un seul. Parmi les nombreuses différences, certaines ressortent avec une évidence particulière. La première est un effet des dynamiques démographiques et sépare les pays à forte natalité, où les jeunes représentent une part significative et croissante de la population, de ceux où leur poids démographique va en se réduisant. Une deuxième différence dérive de l’histoire, qui rend différents les pays et les continents de vieille tradition chrétienne, dont la culture est porteuse d’une mémoire à ne pas disperser, des pays et continents dont la culture est, en revanche, marquée par d’autres traditions religieuses et où le christianisme est une présence minoritaire et souvent récente. Enfin nous ne pouvons pas oublier la différence entre le genre masculin et le genre féminin : d’une part, cette différence détermine une sensibilité différente et, d’autre part, elle est à l’origine de forme de domination, d’exclusion et de discrimination dont toutes les sociétés ont besoin de se libérer.

Dans les pages qui suivent, le terme « jeunes » indique les personnes d’âge compris entre environ 16 et 29 ans, bien conscients que cet élément aussi mérite d’être adapté aux circonstances locales. Dans tous les cas, il est bon de rappeler que la jeunesse, plutôt que de désigner une catégorie de personnes, est une phase de la vie que chaque génération réinterprète de façon unique et spécifique.

1. Un monde qui change rapidement

La rapidité des processus de changement et de transformation est l’aspect principal qui caractérise les sociétés et les cultures contemporaines (cf. Laudato sì,n. 18) (2). La combinaison entre une grande complexité et une mutation rapide fait en sorte que nous nous trouvons dans un contexte de fluidité et d’incertitude jamais atteint auparavant : c’est une donnée de fait qu’il faut assumer sans juger a priori si cela constitue plutôt un problème ou une opportunité. Cette situation requiert de poser un regard intégral sur les choses et d’acquérir la capacité de programmer à long terme, en faisant attention à la durabilité et aux conséquences qu’auront les choix d’aujourd’hui sur des temps et dans des lieux lointains.

La croissance de l’incertitude exerce une incidence sur les conditions de vulnérabilité, c’est-à-dire la conjugaison du malaise social et des difficultés économiques, et sur les sentiments d’insécurité de larges couches de la population. Sur le plan du monde du travail, nous pouvons penser aux phénomènes du chômage, de l’augmentation de la flexibilité et de l’exploitation, surtout des mineurs, ou encore à l’ensemble des causes politiques, économiques, sociales et même environnementales qui expliquent l’augmentation exponentielle du nombre de réfugiés et de migrants. Par rapport à quelques privilégiés qui peuvent bénéficier des opportunités offertes par les processus de mondialisation économique, nombreux sont ceux qui vivent dans des situations de vulnérabilité et d’insécurité, avec un impact sur leurs parcours de vie et sur leurs choix.

Au niveau global, le monde contemporain est marqué par une culture « scientiste », souvent dominée par la technique et par les infinies possibilités qu’elle promet d’ouvrir, au sein de laquelle toutefois « les formes de tristesse et de solitude où tombent tant de personnes et aussi tant de jeunes, semblent se multiplier » (Misericordia et misera, n. 3) (3). Comme l’enseigne l’Encyclique Laudato si’, l’association du paradigme technocratique et de la recherche spasmodique du profit à court terme sont à l’origine de cette culture du rejet qui exclut des millions de personnes, notamment de nombreux jeunes, et qui conduit à l’exploitation sans discernement des ressources naturelles, ainsi qu’à la dégradation du milieu naturel, menaçant ainsi le futur des prochaines générations (cf. n. 20-22) (4).

Il ne faut pas non plus négliger le fait que beaucoup de sociétés sont toujours plus multiculturelles et multireligieuses. En particulier, la présence de plusieurs traditions religieuses constitue à la fois un défi et une opportunité : cela peut désorienter davantage et accroître la tentation du relativisme, tandis qu’augmentent les possibilités d’une confrontation féconde et d’un enrichissement réciproque. Aux yeux de la foi, cela apparaît comme un signe de notre temps, qui requiert de progresser dans la culture de l’écoute, du respect et du dialogue.

2. Les nouvelles générations

Celui qui est jeune aujourd’hui vit cette condition dans un monde différent de celui de la génération de ses parents et éducateurs. Non seulement le système de liens et d’opportunités change au gré des transformations économiques et sociales, mais les désirs, les besoins, les sensibilités, les modes de relation avec les autres évoluent subrepticement. En outre, si d’un certain point de vue il est vrai qu’avec la mondialisation les jeunes tendent à être toujours davantage homogènes dans tous les endroits du monde, il n’en demeure pas moins que, dans les contextes locaux, les spécificités culturelles et institutionnelles ont des retombées sur le processus de socialisation et de construction de l’identité.

Le défi du multiculturalisme traverse en particulier le monde de la jeunesse, par exemple avec les spécificités des « deuxièmes générations » (c’est-à-dire de ces jeunes qui grandissent dans une société et une culture différentes de celles de leurs parents, à la suite des phénomènes migratoires) ou des enfants de couples « mixtes » d’une façon ou d’une autre (du point de vue ethnique, culturel et/ou religieux).

En bien des endroits du monde, les jeunes vivent dans des conditions particulièrement dures, dans lesquelles il devient difficile de se frayer un espace de choix de vie authentique, en l’absence de marges – même minimes – d’exercice de la liberté. Pensons aux jeunes en situation de pauvreté et d’exclusion ; à ceux qui grandissent sans parents ni famille, ou encore qui n’ont pas la possibilité d’aller à l’école ; aux enfants et aux jeunes de la rue dans de nombreuses banlieues ; aux jeunes sans travail, réfugiés et migrants ; à ceux qui sont victimes de l’exploitation, de la traite d’êtres humains et de l’esclavage ; aux enfants et aux jeunes enrôlés de force dans des bandes criminelles ou dans des milices irrégulières ; aux femmes-enfants ou aux fillettes contraintes de se marier contre leur volonté. Bien trop nombreux sont ceux qui passent directement de l’enfance à l’âge adulte et à une charge de responsabilité qu’ils n’ont pas pu choisir. Souvent les fillettes, les jeunes filles et les jeunes femmes doivent affronter des difficultés encore plus grandes que celles de leurs contemporaines.

Des études menées au niveau international permettent de distinguer quelques traits caractéristiques des jeunes de notre temps.

Appartenance et participation

Les jeunes ne se perçoivent pas comme une catégorie désavantagée ou comme un groupe social à protéger et, par conséquent, comme les destinataires passifs de programmes pastoraux ou de choix politiques. Beaucoup désirent prendre une part active aux processus de changement du présent, comme le confirment les expériences de mobilisation et d’innovation venant du bas et dont les jeunes sont les principaux artisans, même s’ils n’en sont pas les seuls.

La disponibilité à participer et à se mobiliser pour des actions concrètes, où l’apport personnel de chacun peut être une occasion de reconnaissance identitaire, se rattache à l’insatisfaction envers des milieux où les jeunes ressentent, à tort ou à raison, qu’ils ne trouvent pas leur place ou dont ils ne reçoivent pas de stimuli ; cela peut conduire au renoncement ou à la difficulté de désirer, de rêver et de former des projets, comme le démontre le phénomène diffus des NEET (not in education, employment or training, à savoir : les jeunes non engagés dans une activité d’étude, ni de travail, ni de formation professionnelle). L’écart entre les jeunes passifs et découragés et ceux qui sont entreprenants et actifs est le fruit des opportunités concrètement offertes à chacun à l’intérieur du contexte social et familial où ils grandissent, en plus des expériences de sens, de relation et de valeur faites avant même l’entrée dans la phase de la jeunesse. Le manque de confiance en eux-mêmes et en leurs capacités peut se manifester non seulement par la passivité, mais aussi par une préoccupation excessive de leur image et par un conformisme qui baisse les bras devant les modes du moment.

Points de référence personnels et institutionnels

Diverses recherches montrent que les jeunes ressentent le besoin de figures de référence proches, crédibles, cohérentes et honnêtes, ainsi que de lieux et d’occasions où ils puissent mettre à l’épreuve leur capacité de relation avec les autres (autant avec les adultes qu’avec les jeunes de leur âge) et affronter les dynamiques affectives. Ils cherchent des personnes capables d’exprimer une certaine harmonie et de leur offrir un soutien, un encouragement et une aide pour reconnaître leurs limites, sans faire peser de jugement.

De ce point de vue, le rôle des parents et des familles demeure crucial et parfois même problématique. Les générations plus mûres tendent souvent à sous-évaluer les potentialités, amplifient les fragilités et ont du mal à comprendre les exigences des plus jeunes. Parents et éducateurs adultes peuvent aussi se souvenir de leurs propres erreurs, entraînant ce qu’elles ne voudraient pas que les jeunes fassent ; mais souvent, elles ne voient pas aussi clairement comment les aider à orienter leur regard vers l’avenir. Les deux réactions les plus communes sont de renoncer à se faire entendre et d’imposer leurs propres choix. Des parents absents ou hyperprotecteurs rendent les enfants plus fragiles et tendent à sous-évaluer les risques ou à être obsessionnels par peur de se tromper.

Les jeunes ne cherchent toutefois pas seulement des figures de référence adultes : le désir d’une confrontation ouverte avec les jeunes de leur âge reste fort. À cette fin, il existe un grand besoin d’occasions d’interaction libre, d’expression affective, d’apprentissage informel, d’expérimentation de rôles et de capacités sans tension ni angoisse.

Tendanciellement prudents vis-à-vis de ceux qui se trouvent au-delà du cercle de leurs relations personnelles, les jeunes nourrissent souvent de la méfiance, de l’indifférence ou de l’indignation envers les institutions. Ceci ne concerne pas seulement la politique, mais aussi les institutions de formation et l’Église sous son aspect institutionnel. Ils la souhaiteraient plus proche des gens, plus attentive aux problèmes sociaux, mais ne comptent pas que cela advienne dans l’immédiat.

Tout cela se déroule dans un contexte où l’appartenance confessionnelle et la pratique religieuse deviennent toujours plus les traits d’une minorité et où les jeunes ne se situent pas « contre », mais sont en train d’apprendre à vivre « sans » le Dieu présenté par l’Évangile et « sans » l’Église, sinon à se confier à des formes de religiosité et de spiritualité alternatives et peu institutionnalisées ou à se réfugier dans des sectes ou des expériences religieuses à forte matrice identitaire. En bien des endroits, la présence de l’Église est moins étendue et il est plus difficile de la rencontrer, alors que la culture dominante est porteuse d’éléments souvent en contraste avec les valeurs évangéliques, qu’il s’agisse d’éléments de sa propre tradition ou de la déclinaison locale d’une mondialisation marquée par la consommation et l’individualisme.

Vers une génération (hyper) connectée

Les jeunes générations sont aujourd’hui caractérisées par le rapport avec les technologies modernes de la communication et avec ce que l’on appelle communément le « monde virtuel », mais qui comporte aussi des effets bien réels. Celui-ci offre des possibilités d’accès à une série d’opportunités que les générations précédentes n’avaient pas et, en même temps, il présente certains risques. Il est très important de mettre en évidence le fait que l’expérience de relations relayées technologiquement structure la conception du monde, de la réalité et des rapports interpersonnels ; c’est à cela qu’est appelée à se confronter l’action pastorale, qui a besoin de développer une culture adéquate.

3. Les jeunes et les choix

Dans le contexte de fluidité et de précarité que nous avons dessiné, la transition vers la vie adulte et la construction de l’identité requièrent toujours davantage un parcours « réflexif ». Les personnes sont forcées à réadapter leurs parcours de vie et à se réapproprier continuellement leurs choix. En outre, avec la culture occidentale se diffuse une conception de la liberté conçue comme la possibilité d’accéder à des opportunités toujours nouvelles. On refuse le fait que bâtir un parcours personnel signifie renoncer à parcourir des voies différentes dans le futur : « Aujourd’hui, je choisis ceci ; demain, on verra ». Dans les relations affectives comme dans le monde du travail, l’horizon se compose d’options toujours réversibles plutôt que de choix définitifs.

Dans ce contexte, les vieilles approches ne fonctionnent plus et l’expérience transmise par les générations précédentes devient rapidement obsolète. Opportunités valables et risques insidieux s’emmêlent en un enchevêtrement difficile à dénouer. Des instruments culturels, sociaux et spirituels adaptés deviennent indispensables pour que les mécanismes du processus décisionnel ne s’emballent pas et que l’on finisse, par peur de se tromper, par subir le changement au lieu de le conduire. Le pape François l’a dit : « “Comment pouvons-nous redonner la grandeur et le courage de choix de grande ampleur, d’élans du cœur, pour affronter les défis éducatifs et affectifs ?”. J’ai dit et redit ce mot : risque ! Risque. Celui qui ne risque pas n’avance pas. “Et si je me trompe ?”. Que le Seigneur soit béni ! Tu te tromperas bien plus si tu restes immobile » (Discours à la Villa Nazareth, 18 juin 2016).

Dans cette recherche de parcours capables de redonner courage et les élans du cœur, on ne peut pas ne pas tenir compte de ce que la personne de Jésus et la Bonne Nouvelle qu’il a proclamée continuent de fasciner de nombreux jeunes.

La capacité des jeunes à choisir est entravée par des difficultés liées à la condition de précarité : la difficulté de trouver du travail ou le manque dramatique d’emplois ; les obstacles pour parvenir une autonomie économique ; l’impossibilité de stabiliser leur parcours professionnel. Pour les jeunes femmes, ces obstacles sont d’ordinaire encore plus difficiles à surmonter.

Entretien avec la sociologue Sylvie Octobre, qui publie « Deux pouces et des neurones » sur les pratiques culturelles des jeunes de 15 à 29 ans.

Le Monde | • Mis à jour le | Propos recueillis par Laura Buratti

Si les pratiques culturelles des jeunes ont changé, ceux-ci n'ont pour autant pas arrêté de se cultiver. C'est ce qu'explique Sylvie Octobre, chargée de recherche au ministère de la culture, dans son livre Deux pouces et des neurones, qui paraît mercredi 24 septembre. Dans un entretien avec Campus, l'auteure décrypte, sans parti pris, les usages des 15-29 ans en matière culturelle, très différents de ceux de leurs parents au même âge.

Les jeunes lisent moins de livres et, surtout, lisent moins pour le plaisir. La lecture n'est plus considérée comme la porte d'accès privilégiée au savoir et n'est plus synonyme de plaisir. Ce désamour pour les livres vient, à mon avis, du glissement de notre société de ce qu'on appelait les humanités vers le technico-commercial. Auparavant, les filières les plus prestigieuses nécessitaient une pratique assidue de la lecture. Or la lecture, en tant que loisir tout du moins, n'est plus vraiment obligatoire pour devenir ingénieur. Le français laisse peu à peu la place aux mathématiques.

Le numérique aussi a changé notre façon de lire : les séquences de lecture des jeunes sont plus courtes, souvent liées à leurs échanges écrits sur Internet, et donc sont très liées à la sociabilité. Les choix de lecture se font en interaction avec les autres, de plus en plus par des recommandations des pairs. Or lire un livre est, par nature, une activité plutôt longue et solitaire. A l'ère du numérique, la façon dont les jeunes construisent leur approche culturelle ne va pas naturellement vers la lecture. Pourtant, certains jeunes, statistiquement plutôt les filles, se tournent de nouveau vers la lecture comme activité à contretemps et déconnectée, comme pour stopper le flux d'informations continu qui leur parvient.

Il faut distinguer la littérature « classique » et les livres portés par les médias.Harry Potter, Twilight ou, plus récemment, Nos étoiles contraires se sont très bien vendus et sont très lus par les jeunes, parfois même en version originale. En fait, ils lisent toujours, mais moins de titres de la littérature classique.

Les 15-29 ans lisent des textos, Wikipédia, des blogs… Il y a bien des façons de lire. En réalité, on n'a jamais tant lu : des textes, des publicités, des articles, etc. Mais le goût pour la lecture de littérature baisse. Ces deux types de lectures sont différents. La lecture HTML est « additive », les liens et les articles se superposent les uns aux autres. Pour ne pas se perdre dans le flot d'informations, il faut construire une séquence de lecture. Il faut faire le tri, ne pas se perdre pour éviter la saturation informationnelle, le moment où l'on ne comprend plus rien à ce qu'on lit et où l'on tourne en rond. Ce sont des compétences très difficiles à acquérir.

L'école a son rôle à jouer dans ces évolutions. Au collège, les élèves se trimballent 15 kilogrammes de livres sur le dos toute la journée, qui sont des manuels scolaires. Le poids physique devient aussi un poids psychique, avec le temps. Les manuels donnent également du livre une image utilitaire. On note que les enfants en primaire lisent beaucoup, et ils aiment ça. Quand ils arrivent au collège, la lecture devient une contrainte, c'est l'effet pervers de la scolarisation de la lecture. De plus, les réseaux sociaux et la sociabilité sont si importants pour les adolescents pour se construire qu'il leur est difficile de s'en extraire et de construire des espaces de solitude pour lire.

Les jeunes continuent de sortir au cinéma, même s'ils consomment de plus en plus de films à la maison. Ils recherchent la qualité d'une expérience de sortie : le grand écran, la qualité de l'image, bien meilleure qu'un film téléchargé, la convivialité de la salle de cinéma où l'on peut aller avec ses amis ou son amoureux. Pour les jeunes qui vivent encore chez leurs parents ou en cité universitaire, il est difficile d'inviter toute sa bande de copains, surtout pour se masser autour d'un petit écran d'ordinateur, avec une connexion parfois insuffisante.

Le smartphone est devenu le premier terminal culturel des adolescents et jeunes adultes. Les jeunes regardent toujours la télévision, mais sur leur ordinateur ou leur téléphone. Les blogs, forums et chaînes musicales remplacent les radios, qui s'écoutent en podcast. La presse également est consommée essentiellement sur Internet. Seuls les magazines spécialisés ou thématiques résistent à cette tendance, comme ceux consacrés au sport ou à un chanteur. Aujourd'hui, les premiers pourvoyeurs d'info sont les réseaux sociaux. Un adolescent que j'ai rencontré lors d'une enquête m'a dit, très justement : « S'il y avait la guerre, je l'apprendrais sur Facebook. »

La recherche d'émotion et l'expression amateur sont les deux autres constantes qui émergent des pratiques culturelles des jeunes. Ils font de la photo, de la vidéo, du dessin et changent souvent d'activité dans ce milieu hyper ouvert qu'est Internet, immense champ de possibilités. Ils font un an de danse, puis un an de football, du chant, de la guitare, etc. Une sorte de zapping qui répond à leur curiosité et qui a le mérite de les enrichir de plein de choses.

Ces changements posent toutefois la question : qu'a-t-on en commun avec les générations précédentes ? Notre société est aujourd'hui issue d'un véritable brassage culturel, comme l'a montré la campagne du Musée de l'histoire de l'immigration de l'année dernière, et ses affiches qui rappelaient qu'« un Français sur quatre est issu de l'immigration ». Ce qui nous rassemble, ce n'est plus la religion. Ce n'est plus l'armée non plus, qui permettait autrefois de se forger une idée de la nation. Ce n'est presque plus l'éducation, à la fois parce que les profils étudiants sont diversifiés, mais aussi parce que les étudiants sont moins mobiles qu'avant. Depuis la régionalisation des universités, ils peuvent très bien faire le collège, le lycée et l'université dans la même ville.

Comment réduire la fracture numérique d'un côté et la fracture générationnelle de l'autre ?Mettre dans les mains des plus jeunes les textes anciens qui transitent à travers les générations, mais aussi, dans l'autre sens, former les personnes âgées aux nouvelles technologies, cela permet de créer du commun, de créer du lien intergénérationnel. C'est là tout l'enjeu des nouvelles politiques culturelles.

A lire : Sylvie Octobre, Deux pouces et des neurones, Ministère de la culture, « Question de culture », 288 pages, 12 euros

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